Je ne sais plus exactement. Mais je ne chercherai pas à savoir. Ca devait être début octobre. Un jeudi après midi où je n'aurai jamais dû aller à Paris, seule, flâner... Mon but était d'aller du côté du Père Lachaise. Réaumur Sébastopol, j'ai demandé mon chemin à un jeune homme près de moi sur le quai de métro. Il a confirmé mon itinéraire, m'a proposé de m'accompagner étant donné que c'était son chemin. On a parlé, parlé, parlé... Tellement parlé. Au bout de deux heures, il a dû s'en aller. Et moi de même, avec son numéro en poche. Durant un mois, oui, durant près d'un mois on s'est revu plusieurs fois. Je l'attendais le midi à la sortie du travail, parfois même le soir, c'était bien. Et tant de textos ! Vînt le temps des bisous et des papillons dans le ventre. J'étais naïve d'y croire. Mardi dix Novembre, je devais aller dormir chez lui, pour la première fois. Mais le matin même, le drame. Le drame, le texto tueur. Ce texto que je n'oublierai pas tout de suite. Le texto de lui-même m'annonçant la mort de son père la veille au soir. Tout a été annulé d'un coup. Tout s'est effondré. Surtout mes rêves débiles naïfs et moi... J'ai très mal vécu cette journée. Les yeux rouges jusqu'au soir, la tête pleine de cauchemars et de mort. Je n'ai eu aucune de ses nouvelles durant plus de deux semaines : pas une réponse à mes textos désespérés, aucune connexion MSN, plus dans mes amis Facebook... J'ai cru que j'allais devenir folle. Je voulais savoir ce qu'il devenait, je voulais le consoler et le serrer dans mes bras. Le revoir, et lui dire que j'étais là... J'ai forcé le destin. Me suis créé une nouvelle adresse MSN, un nouveau prénom, une nouvelle vie, et j'ai entré son adresse « par erreur ». J'ai été surprise de voir qu'il m'avait accepté immédiatement. Quand il m'a demandé qui j'étais, j'ai bidouillé un truc apparemment crédible. Je ne pensais pas que la photo de la blondasse que j'avais mis en image perso serait aussi convaincante. Ainsi que mon nouveau prénom : Elisa. On a fait connaissance, comme deux ados boutonneux. Plus j'inventais ma vie, mon histoire, plus la rage montait en moi. Il avait totalement viré Anne de sa vie, sans la prévenir, alors pourquoi draguait-t-il Elisa ?? Qui était ce type pour se permettre une telle chose ? Au fur et à mesure de la discutions, j'ai fini par me dire que son père n'était pas réellement mort, du moins, pas au moment où il me l'avait annoncé. Ca paraissait impossible. Il m'a demandé où j'habitais, alors je lui ai répondu que je venais d'emménager à Paris, deux semaines auparavant. Il a presque immédiatement proposé de me faire visiter la ville. J'étais comme une folle derrière mon écran d'ordinateur, n'attendant que de le revoir pour lui mettre une bonne claque et lui faire comprendre à quel point il m'avait fait souffrir en me mentant et en me plantant. Je ne laisserai pas passé. On s'est donné rendez vous dès le lendemain, près de son travail, et donc aussi, près de chez Elisa. Le lendemain, donc, j'ai cru que je devenais folle. Je tenais ma vengeance... Mais il a dû sentir un truc pas net. Il m'a posé un lapin en me disant que son grand père était à l'hôpital, qu'il devait rentrer directement chez lui. J'ai pourtant couru dans la gare Montparnasse, couru dans le métro... Mais impossible de le croiser. Je suis rentrée à Chartres, bredouille. Deuxième tentative dimanche, après avoir vu quelques instants ma cousine sur Paris. Je (= en mode Elisa) suis allée à l'autre bout de Paris, à Gambetta, pas très très loin de chez lui d'après les infos que j'avais choppé en tant que Anne et en tant que Elisa. J'ai voulu lui forcer rancard, et il s'est énervé. Il a commencé à comprendre qu'il n'y avait pas de Elisa. Pendant une heure et demie je lui ai fais du chantage, des semi-menaces pour qu'il vienne au point de rendez-vous. Monsieur est coriace, têtu. Il n'a jamais bougé de chez lui. J'ai encore appris d'autres choses qui font de lui un réel mitoman. Puis, autant énervé l'un que l'autre, je pense, je lui ai envoyé un message depuis mon propre portable à moi. (Oui, « Elisa » avait son propre portable). Puis je l'ai appelé. Deux trois injures et ça a coupé. Il a rappelé. Il rigolait. J'avais envie de le tuer. Il m'a avoué avoir menti sur tout un tas de choses.
« Je ne laisserai pas passer »
Combien de filles se sont déjà fait avoir ? Pourquoi fait-il ça ? Pourquoi M'A-t-il fait ça ? Sur quoi a-t-il réellement menti ? Et puis pour son père ? Se rend-il compte ?
CONNARD.
Maintenant, la confiance va couter cher, très cher, avec moi.